Le cardinal Sarah nous offre un entretien étonnant,
lucide et visionnaire, que l'on a pu lire dans le Catholic Herald.
Nous n'y trouvons pas seulement ‟cette parole pour notre temps”,
nous y trouvons les solutions à la crise actuelle.
L'émergence d'une "Bête" économique
Parce que l'homme (occidental) refuse de s'accepter
comme héritier (d'une histoire, d'une culture, d'un nom,
d'une famille), l'homme se condamne à l'enfer de la
mondialisation libérale où les intérêts individuels
s'affrontent sans autre loi que celle du profit à tout prix.
La crise de la paternité
Je veux rappeler aux Occidentaux que la raison véritable de
ce refus d'hériter, de ce refus de la paternité est au fond
le refus de Dieu. Je discerne au fond des cœurs occidentaux
un profond refus de la paternité créatrice de Dieu.
Nous recevons de lui notre nature d'homme et de femme.
Cela devient insupportable aux esprits modernes.
Sur la volonté de contrefaire notre humanité
à travers l’idéologie du genre
L'Occident refuse de recevoir, il n'accepte que ce qu'il construit lui-même.
Le transhumanisme est l'ultime avatar de ce mouvement.
Même la nature humaine, parce qu'elle est un don de Dieu,
devient insupportable à l'homme d'Occident. Cette révolte est en son essence spirituelle.
Sur la fausse quête de
la liberté coupée de la Vérité
Une liberté qui n'est pas en elle-même orientée et guidée par la vérité
n'a aucun sens. L'erreur n'a pas de droit... L'homme occidental
a peur de perdre sa liberté en recevant le don de la foi véritable.
Il préfère s'enfermer dans une liberté vide de contenu.
La crise du sacerdoce
Je suis persuadé que la crise du sacerdoce est un élément central
de la crise de l'Église. On a enlevé aux prêtres leur identité.
On leur a fait croire qu'ils devaient être des hommes efficaces.
Or un prêtre est fondamentalement un continuateur parmi nous de
la présence du Christ. On ne doit pas le définir par ce qu'il
fait mais par ce qu'il est : ipse Christus, le Christ lui-même.
Nous vivons l'heure de l'agonie de Jésus
au Jardin de Gethsémani
L'Église vit aujourd'hui avec le Christ les outrages de la Passion.
Les péchés de quelques-uns lui sont renvoyés comme des crachats au visage...
Les Apôtres eux-mêmes se sont enfuis du jardin des Oliviers. Ils ont abandonné
le Christ au moment le plus difficile...
Oui, il existe des prêtres, des évêques et même des cardinaux infidèles
qui manquent à la chasteté mais aussi, et c'est tout aussi grave,
à la vérité de la doctrine !
Ils désorientent les fidèles chrétiens par leur langage confus et ambigu.
Ils trahissent et falsifient la Parole de Dieu, prêts à la tordre et à
la plier pour obtenir l'approbation du monde. Ce sont les Judas Iscariote de notre époque.
Sur l'homosexualité
et les péchés contre la chasteté
Il n'y a pas dans l'Église un "problème homosexuel".
Il y a un problème de péchés et d'infidélité.
Ne nous laissons pas imposer le vocabulaire de l'idéologie LGBT.
L'homosexualité ne définit pas l'identité des personnes.
Elle qualifie des actes déviants et peccamineux. Pour ces actes,
comme pour les autres péchés, les remèdes sont connus.
Il s'agit de retourner au Christ, de le laisser nous convertir.
La véritable crise dans l'Église
La crise de l'Église est avant tout une crise de la foi.
On veut faire de l'Église une société humaine et horizontale.
On veut lui faire parler un langage médiatique.
On veut la rendre populaire. Certains veulent que l'Église...
ne parle pas de Dieu, mais se charge corps et âme des problèmes
sociaux : migration, écologie, dialogue, culture de la rencontre,
lutte contre la pauvreté, pour la justice et la paix.
Ce sont bien sûr des questions importantes et vitales devant lesquelles
l'Église ne peut pas fermer les yeux. Mais une telle Église n'intéresse
personne. L'Église n'a d'intérêt que parce qu'elle nous permet de rencontrer Jésus.
Les saints, mais non les réformes,
renouvelleront l’Occident
On croit parfois que l'histoire de l'Église est marquée
par les réformes de structures. Je suis certain que ce sont
les saints qui changent l'histoire. Les structures suivent
ensuite et ne font que pérenniser l'action des saints...
La foi est comme un feu. Il faut être soi-même brûlant pour pouvoir
la transmettre. Veillez sur ce feu sacré ! Qu'il soit votre
chaleur au cœur de l'hiver de l'Occident.
Sur l'athéisme dans notre culture
Nous sommes tous victimes d’un poison: l'athéisme liquide.
Il infiltre partout, même dans nos discours d'ecclésiastiques.
Il consiste à admettre, à côté de la foi, des modes de pensée
ou de vie radicalement païens et mondains. Et nous nous satisfaisons
de cette cohabitation contre nature !
Cela montre que notre foi est devenue liquide et sans consistance !
La première réforme à faire est dans notre cœur.
Elle consiste à ne plus pactiser avec le mensonge.
L'effondrement de l'Occident,
tout comme celui de l’empire romain,
et le retour à la barbarie
Je suis persuadé que la civilisation occidentale vit une crise mortelle.
Elle a atteint les limites de la haine autodestructrice.
Comme à l'époque de la chute de Rome, les élites ne se soucient que d'augmenter
le luxe de leur vie quotidienne et les peuples sont anesthésiés par
des divertissements de plus en plus vulgaires.
Comme évêque, je me dois de prévenir l'Occident !
Les barbares sont désormais à l'intérieur de la cité.
Les barbares sont tous ceux qui haïssent la nature humaine,
tous ceux qui bafouent le sens du sacré, tous ceux qui
méprisent la vie, tous ceux qui se révoltent contre le
Dieu créateur de l'homme et de la nature.
Sur le nouveau totalitarisme
Un État qui renvoie Dieu au domaine privé est un État qui
se coupe de la source réelle du droit et de la justice.
Un État qui prétend fonder le droit uniquement sur son bon vouloir,
qui ne cherche pas à fonder la loi sur un ordre objectif reçu
du Créateur, risque de sombrer dans le totalitarisme.
La menace islamique
et les migrations incontrôlées
Comment ne pas souligner aussi le danger que constitue l'islamisme ?
Les musulmans méprisent l'Occident athée...
On serine (1) aux pays du tiers-monde que l'Occident
est le paradis parce qu'il est régi par le libéralisme marchand.
On favorise ainsi des flux migratoires tragiques pour l'identité des peuples.
Un Occident qui renie sa foi, son histoire,
ses racines est condamné au mépris et à la mort.
Sur les communautés
authentiquement chrétiennes
J'appelle les chrétiens à ouvrir des oasis de gratuité dans le désert de la rentabilité triomphante.
Nous devons créer des lieux où l'air soit respirable, où,
tout simplement, la vie chrétienne soit possible.
Nos communautés doivent mettre Dieu au centre.
Dans l'avalanche de mensonges, on doit pouvoir trouver
des lieux où la vérité soit non seulement expliquée mais expérimentée.
Sur la nécessité de l'évangélisation du monde
Les chrétiens doivent être missionnaires,
ils ne peuvent garder pour eux le trésor de la foi.
La mission, l'évangélisation demeure une urgence spirituelle.
Sur le rôle des Chrétiens dans la société
Une société irriguée par la foi, l'Évangile et la loi
naturelle est souhaitable. Il revient aux fidèles
laïcs de la construire. C'est même leur vocation propre...
Une société juste dispose les âmes à recevoir le don de Dieu.
Elle ne saurait causer le salut... Il y a urgence à annoncer le
cœur de notre foi : seul Jésus nous sauve du péché.
Toutefois, il faut souligner que l'évangélisation n'est
complète que lorsqu'elle atteint les structures de la société.
Une société inspirée de l'Évangile protège les plus faibles
contre les conséquences du péché.
Le but de l'évangélisation n'est pas la domination du monde,
mais le service de Dieu. N'oublions pas que la victoire
du Christ sur le monde… c'est la Croix ! Nous n'avons pas à
vouloir nous emparer de la puissance du siècle.
L'évangélisation se fait par la Croix.
L'importance de la vie intérieure
L'évangélisation n'est pas une question de succès,
elle est une réalité profondément intérieure et surnaturelle. ■
(1) Seriner: répéter sans cesse quelque chose à quelqu’un pour le lui apprendre.
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