Est-il permis de cohabiter maritalement en "frère et soeur" quand on n'est pas marié avec cette personne?
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Titre "Une question... une réponse!"

Une série de questions-réponses sur la Foi Catholique.
Toutes ces réponses ont été vérifiées et approuvées par l'abbé J.-Réal Bleau, prêtre catholique et docteur en théologie.


Cohabiter en "frère et soeur" ?

QUESTION: Qu’est-ce que l’Église dit au sujet des gens mariés (divorcés ou séparés), qui cohabitent en "frère et sœur" avec un nouveau conjoint ? J’en connais plusieurs et cela me questionne...

RÉPONSE : Nous parlons ici de personnes qui ont reçu validement le sacrement du Mariage, qui vivent maintenant séparées ou divorcées 3 de leur conjoint légitime encore vivant, et qui cohabitent avec un autre partenaire célibataire ou dans la même condition qu’elles, tout en s’abstenant de relations conjugales.

Jusqu’à aujourd’hui, l’Église n’a pas produit de document officiel sur cette condition spécifique. Ces personnes sont tenues, comme tout être humain, de se conformer à la loi de Dieu, c’est-à-dire les 10 Commandements.

Par conséquent, on doit appliquer à cette situation les mêmes barèmes moraux qu’aux autres cas de l’existence, c’est-à-dire, entre autres, qu’il n’est pas permis de se placer volontairement dans une occasion prochaine de pécher gravement, l’être humain étant ce qu’il est, avec toutes ses faiblesses.

‟Nous devons fuir, autant que nous le pouvons, les occasions prochaines de péché, c’est-à-dire celles où l’on s’expose à un grave danger de pécher : car celui qui aime le péril y périra.” (Eccli. 3, 24). (Catéchisme catholique, Cardinal Gasparri)

L’amour conjugal

Le mariage n’est pas seulement constitué de l’exercice de l’acte conjugal. Le prétendre serait réduire la grandeur de ce sacrement à un acte physique. Non, le mariage implique également un amour préférentiel et exclusif pour l’époux ou l’épouse, vécu dans un même projet de vie, et qui se traduit par mille et un détails de la vie commune quotidienne.

Le plus bel exemple de cela se retrouve chez le couple formé de la Vierge Marie et de saint Joseph : d’un commun accord, dans un but surnaturel, ils ont vécu la virginité parfaite de corps et d’esprit. Cependant, ils étaient réellement mariés et leur amour était réellement conjugal dans tous ses aspects, même en l’absence de toute union charnelle. En les voyant, les gens discernaient vraiment un couple "mari et femme" et non simplement deux frère et sœur.

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En "frère et sœur"

L’expression de "vie commune en frère et sœur" ne peut d’ailleurs s’appliquer qu’aux couples mariés qui choisissent, dans un but de sacrifice offert à Dieu, de ne pas user de l’acte procréateur même si le sacrement reçu leur en donne le droit. Ainsi pour la Vierge Marie et saint Joseph ; pour les parents de sainte Thérèse durant les premiers temps de leur mariage ; pour saint Henri et sainte Cunégonde, et nombre d’autres époux à travers l’histoire. Leur mérite vient de ce qu’ils sacrifient volontairement un acte permis, pour plaire à Dieu.

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Les époux Martin,
parents de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus

Dans le cas des conjoints de fait, cette abstention de l’acte  – et de tout ce qui y conduit même de loin – n’est pas une option : elle est obligatoire. Ils y sont tenus autant que de ne pas tuer, voler ou se parjurer… Ils n’ont pas l’option d’offrir au Seigneur une vie commune conjugale en "frère et sœur" parce que la vie conjugale ensemble ne leur appartient pas de droit : on ne peut faire offrande de ce qui ne nous appartient pas.

La fidélité blessée

‟Le 9e commandement de Dieu défend expressément tout désir contraire à la fidélité que les époux se sont jurée en s’unissant par le mariage.” (Catéchisme de saint Pie X)

‟Si je vivais encore avec mon épouse, aurais-je le culot de faire entrer dans notre maison, une petite amie avec laquelle je partagerais ma vie, au vu et au su de mon épouse, et ce même si j'affirme qu'on "ne fait rien de mal ensemble ?” – ‟Non, bien sûr.” – Eh bien, malgré que je sois séparé de mon épouse, je lui dois toujours cette même fidélité. Bien plus, je dois veiller à ce que sa place reste toujours libre auprès de moi, pour reprendre la vie conjugale si cela redevenait possible un jour... Eh oui ! mon amour pour elle doit aller jusque-là…” ("Vivre en frère et sœur", par Vincent Leutilleux)

Le fait de vouloir cohabiter, en dehors des liens du mariage, avec un autre conjoint – celui-là précisément et pas un autre – suppose dès le départ une attirance qui n’est pas de nature platonique... C’est déjà un accroc grave à l’amour exclusif que l’on doit à son époux(se) légitime. Il ne s’agit pas d’un attrait "purement spirituel" comme le prétextent certains.

Un état préjudiciable

Dans ce quotidien de proximité avec le nouveau partenaire, on est amené à tout partager avec lui : pensées, projets, loisirs, lessive, courses, anniversaires, soucis financiers ou de santé, joies et peines intimes, repas en tête-à-tête, sorties à deux, marques d’affection…

Cela n’est pas neutre car cet investissement affectif et psychologique des deux partenaires, investissement qui relève normalement de l’amour conjugal et qui crée des liens propres à cet état, est réservé de droit divin à l’époux(se) auquel on s’est respectivement uni devant l’autel.

La nature de ce lien n’échappe d’ailleurs pas aux deux conjoints de fait, puisque la plupart du temps, ils parleront de leur "chum" ou de leur "blonde"… terme qu’ils n’utiliseraient pas pour désigner un simple ami.

Accorder cette intimité à un conjoint de fait, même en s’abstenant de relations maritales, est un vol envers notre véritable époux (se) et celui (celle) de notre nouveau "conjoint(e)" ; un préjudice envers notre nouveau partenaire, pour qui nous devenons une perpétuelle occasion de chute, ne serait-ce qu’en pensées et désirs ; et une grave blessure infligée à notre âme car on ne peut, sans dommages, suivre un chemin qui va contre la Loi divine. Sans compter l’exemple déplorable de concubinage que nous livrons à la face du monde.

Prétention non fondée

Certains diront : ‟Nous prions chaque jour pour demeurer forts dans cette vie commune et ne pas succomber à l’attrait naturel que nous éprouvons l’un pour l’autre.”

Jésus, que Satan un jour invita à se lancer inutilement dans le vide sous prétexte que les anges le soutiendraient, lui rétorqua : ‟Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu”, signifiant ainsi que ‟il ne faut jamais s’exposer sans motif à un danger avec la pensée que Dieu nous aidera. Celui-là seul peut espérer le secours de Dieu qui fait ce que Dieu demande de lui.” (Catéchisme catholique populaire, F. Spirago)

Le contraire se nomme "présomption".

Une solution à la solitude ?

Pour plusieurs, la solitude est lourde à porter, c’est un fait.

‟La solitude est comme la pauvreté : on la recherche rarement, mais quand Dieu l’envoie, on doit l’accepter comme une épreuve nécessaire au salut.” ("Vivre en frère et sœur", par Vincent Leutilleux)

Il n’est pas d’épreuve qui survienne sans que Dieu ait préparé pour nous la grâce correspondante pour y faire face :

‟Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais, avec la tentation, il ménagera aussi une heureuse issue en vous donnant le pouvoir de la supporter.” (1 Cor. 10, 13)

Cependant, cette grâce ne nous sera donnée qu’à condition que nous la demandions.

‟Veillez et priez, afin que vous n'entriez point en tentation ; l'esprit est prompt, mais la chair est faible.” (Mt. 26, 41)

Bien que nous ayons parlé de couples formés de partenaires déjà mariés avec quelqu’un d’autre, une grande partie de ce discernement moral s’applique également aux conjoints de fait célibataires.

En effet, la même sagesse est requise car l’être humain demeure vulnérable face à l’attrait amoureux non balisé par la prudence surnaturelle.

Dans l’intérêt même de l’amour, Dieu interdit la vie commune conjugale "à l’essai", même sans relations sexuelles. C’est que l’amour pâtit toujours d’être "essayé", signe qu’il n’y a pas de véritable amour inconditionnel, base du mariage voulu par Dieu.

D’ailleurs, qui peut se targuer de connaître parfaitement ce qui l’attend dans un mariage, la vie évoluant constamment, avec ses aléas de santé, de fortune, d’événements sociaux… Devra-t-on vivre "à l’essai" pendant 80 ans pour finalement se marier au bord de la tombe !!! Les fréquentations honnêtes, et les fiançailles vécues chastement dans la prière sont la meilleure préparation à un heureux mariage. ■

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(3) Pour rappel : le divorce n’est pas valide aux yeux de Dieu. Seule la mort de l’un des deux époux rompt les liens sacrés du sacrement de mariage.

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